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Accompagner nos seniors autrement avec la philosophie Montessori

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En vogue dans le milieu de la petite enfance, la philosophie Montessori trouve également sa place dans nos maisons de repos où, accompagnés, selon leurs les capacités et besoins, nos seniors sont encouragés vers plus d’indépendance et d’autonomie. Une philosophie qui exige toutefois de revoir complètement le système en place. Explications.

Fondée par Maria Montessori en 1896, la pédagogie Montessori s’appuie sur les observations faites par cette femme médecin – la première d’Italie ! – auprès d’enfants, qui lui ont permis de découvrir que ces derniers étaient tous, même ceux souffrant de déficience, capables d’une grande autonomie, d’autodiscipline, de concentration, de communication et d’épanouissement, pour peu qu’on leur permette d’évoluer dans un environnement adapté à l’expression de leurs potentiels et à leurs envies.

« Aide-moi à faire seul »

Tel est le crédo de cette pédagogie, qui place l’enfant et son épanouissement au centre de l’apprentissage.Et qui trouve écho auprès des seniors depuis que le professeur américain Cameron Camp, spécialiste de l’accompagnement des personnes âgées, séduit par la pertinence des outils et des valeurs prônées par Montessori dans certaines écoles, l’a adaptée aux aînés dans les années 90, en particulier à ceux souffrant de troubles cognitifs comme la maladie d’Alzheimer. Pas question pour autant d’infantiliser les intéressés, comme l’explique Simon Erkes, à la tête de l’asbl Senior Montessori, à Bruxelles : « Cela ne veut pas dire que l’on considère que les valeurs cognitives de nos aînés redeviennent celles d’enfants, mais que l’on doit porter sur eux le même regard positif et de confiance que prônait Maria Montessori. » Celui d’un humain sur un humain. Et de préciser : « Il s’agit non d’une méthode mais d’un autre regard sur l’aide et l’accompagnement, qui vise l’autonomie et l’indépendance. Autonomie, dans le sens de la liberté de choix : je n’impose pas à la personne ce que je pense qui lui convient, mais je l’accompagne à choisir ce qui fait sens pour elle, quels que soient son âge et ses capacités cognitives.L’indépendance renvoie à sa liberté d’action, à son pouvoir d’agir : je permets à la personne de continuer à faire ce qu’elle sait faire. En croisant les deux, cela signifie que je permets à la personne de faire les choses qu’elle souhaite et sait faire. Cela offre une vision plus positive de la vieillesse, même dans le cas d’un vieillissement cognitif difficile. » Il faut donc aider la personne à décider et à faire, et non décider et faire pour elle. 

Se réapproprier les gestes du quotidien

L’approche Montessori s’appuie sur trois axes : la personne doit retrouver le sentiment de contrôler sa vie – « cela passe par la possibilité d’exprimer ses choix et qu’ils soient respectés »  elle doit être soutenue dans son engagement de réaliser des activités qui soient porteuses de sens pour elle – « la personne doit faire des choses qui l’intéresse et non ce qu’un professionnel considère bon pour elle »  celle-ci doit retrouver le sentiment d’appartenance au groupe. Dans les faits, cela se traduit par de l’observation : on va repérer les capacités préservées de la personne –« la médecine traditionnelle a souvent tendance à se concentrer sur ce qui est perdu et à ne plus prendre en compte ce qui fonctionne encore » -, et s’appuyer sur celles-ci dans la vie quotidienne. On va alors créer et adapter un environnement et des activités, individuelles et collectives, porteuses de sens pour les résidents et ainsi renforcer leur autonomie, (re-)bâtir le lien social et le sentiment d’appartenance au groupe. « Cela demande d’impliquer tout le monde, de revoir l’organisation,de décloisonner les métiers, et cela fonctionne, commente Simon Erkes. Dans des institutions où cela a été mis en place, on a vu un réel changement. Là où des gens étaient autrefois attachés – pour leur sécurité -, ils ne le sont plus aujourd’hui, ils dorment la nuit, participent à la vie collective, préparent les repas, s’habillent et mangent seuls… On a même vu des lieux où ce sont désormais les résidents qui font passer les entretiens d’embauche au personnel car ils sont finalement les mieux placés pour évaluer leurs besoins. »

Sébastien Vanden Berghe, thérapeute et animateur socioculturel, qui applique l’approche Montessori au quotidien, notamment dans la Résidence Les Azalées à Evere, abonde dans le même sens : « Tout devient sujet à animations. On incite les seniors à réinvestir leur lieu de vie. En organisant des ateliers en collaboration avec eux, ils en deviennent les acteurs directs en leur apprenant à prendre en charge leur lieu de vie : choisir le décor, arroser les plantes, accueillir les nouveaux résidents, monter un système de parrainage entre anciens et nouveaux… Ils sont là 24 h/24 et sont plus amenés à défendre leur lieu de vie que le personnel qui y passe dix heures par jour. En leur confiant aussi des tâches de la vie quotidienne qu’ils faisaient déjà chez eux comme le nettoyage, la préparation des repas, etc. En leur laissant aussi décider quand ils ne veulent rien faire, c’est important aussi. Cela fait un peu moins d’un an qu’on applique la philosophie aux Azalées et les changements se font petit à petit, mais sont bien visibles. Les perspectives sont réelles ! »  Une approche bénéfique donc, mais dont la mise en place ne peut hélas se faire sans une réelle remise en question de tout un système…

Une réelle transformation

Créée en 2016, Senior Montessori travaille actuellement avec une trentaine de maisons à Bruxelles et en Wallonie (l’asbl démarrera également des formations en Flandre à partir de janvier 2020 : ndlr.). Une bonne nouvelle certes, mais ce n’est pas encore assez pour son responsable. Selon lui, c’est tout le système qu’il faut revoir. « Il faut une vraie prise de conscience. Le modèle développé ne convient plus. La vie est devenue trop dure dans les maisons de repos, pour les habitants comme pour le personnel. Sans parler des répercussions sur les proches  Ce sont trop souvent des usines, où l’on minute les tâches, cloisonne les métiers, impose un rythme et un mode de vie efficaces. Economiquement, cela semble plus intéressant, mais humainement, c’est leb… ! Cela génère des burnout, et chez les résidents un repli sur soi, un sentiment d’isolement, voire de l’agressivité… Ce n’est pas la vie que l’on souhaite quand on fait le choix d’aller vivre en hébergement. Il faut revoir complètement le modèle en partant non des besoins des hébergements mais de ceux des résidents. » Et Sébastien de compléter : « Montessori, c’est pour moi, le futur, c’est une approche humaine qu’il faudrait mondialiser. Mais qui demande effectivement de changer les mentalités de chacun, du personnel comme des seniors qui doivent prendre aussi conscience de la nécessité de se réapproprier leur vie.  Il y a la peur du changement d’une part et une certaine passivité de l’autre. C’est un combat à mener à divers niveaux, mais cela en vaut vraiment la peine. »

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